BABEL HEUREUSE

SUIVANT

Carolyne Cannella

traduit

Giacomo Leopardi

XII

 

L’INFINITO - Giacomo Léopardi, Canti

 

 

Sempre caro mi fu quest'ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell'ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l'eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s'annega il pensier mio:
E il naufragar m'è dolce in questo mare.

L'Infini - version 1 (vidéo)

 

Toujours me fut chère cette déserte colline
Et cette haie qui du plus lointain
Cache l'horizon ultime.
Mais immergé
En si profonde quiétude
Je contemple ces espaces
Et recrée de surhumains silences
Au bruissé des feuilles sous le vent, mon coeur chavire
Et le silence, et cette voix qui s'entrelacent
Me relient à l'éternel
Aux saisons révolues
Et à ce temps présent, vif en son chant.
Ainsi, dans cette immensité
S'abîme ma pensée ;
Et comme il m'est cher ce doux naufrage.

 

 

 

L'Infini - version 2

 

Toujours me fut chère cette déserte colline
Et cette haie qui de toute part
Cache l'horizon ultime.
Mais immergé à l'infini
En si profonde quiétude
Je contemple ces espaces
Et recrée de surhumains silences
Mon coeur chavire au bruissement des feuilles
Et le silence, et cette voix qui s'entrelacent
Me relient à l'éternel
Et aux saisons révolues
Et à ce temps présent, vif en son chant.
Ainsi, dans cette immensité
S'abîme ma pensée ;
Et comme il m'est cher ce doux naufrage. 

 

 

XXVIII

A SE STESSO - Giacomo Léopardi, Canti

 

Or poserai per sempre,
stanco mio cor. Perí l’inganno estremo,
ch’eterno io mi credei. Perí. Ben sento,
in noi di cari inganni,
non che la speme, il desiderio è spento.
Posa per sempre. Assai
palpitasti. Non val cosa nessuna
i moti tuoi, né di sospiri è degna
la terra. Amaro e noia
la vita, altro mai nulla; e fango è il mondo.
T’acqueta omai. Dispera
l’ultima volta. Al gener nostro il fato
non donò che il morire. Omai disprezza
te, la natura, il brutto
poter che, ascoso, a comun danno impera,
e l’infinita vanitá del tutto.

 

 

Version 1 (Vidéo)

 

 
Or à jamais tu sommeilles,
Si harassé, mon coeur. Mort est l'ultime mirage,
qui me faisait croire éternel. Mort. Je le sens bien,
même les rêves les plus chers,
y compris l'espoir, se sont éteints.
Repose pour toujours et à jamais. Toi
qui a tant palpité. Rien ici sur terre n’est digne
et ne mérite tes soupirs. Amertume
et ennui la vie; et le monde n'est que boue.
Maintenant, sois en paix. Désespère
en cet instant ultime. A notre espèce le sort
n'a offert que le mourir. Lors, méprise
qui tu es, et la nature, et cette force brute
qui règne pour le malheur de l'homme,
et l’infinie vanité du Tout

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Version 2

 


Or à jamais tu sommeilles,
si harassé, mon coeur. L’ultime mirage s’est éteint,
qui me faisait croire éternel. Mort. Je le sens bien,
même les rêves les plus chers,
y compris l'espoir, se sont fanés.
Repose pour toujours. Toi

qui a tant palpité. D’aucuns soupirs n’est digne
la terre, ni ne mérite tes ardeurs. Rien qu’amertume

et ennui, la vie; et le monde n'est que boue.
Sois en paix désormais. Désespère
en cet instant ultime. A notre espèce le sort

n'a offert que le mourir. Lors, méprise

qui tu es, et la nature et cette force brute

qui règne pour le malheur de l'homme,
et l’infinie vanité du Tout.

 

Giacomo Léopardi, Canti

 

Leopardi  (1798-1837)

 

Les Canti, recueil de trente-six poèmes et cinq fragments poétiques  furent composé entre 1816 et 1837.

Leopardi renoue avec la plus haute tradition italienne.

"On peut dire de la poésie lyrique qu'elle est la cime, le comble, le sommet de la poésie, qui est elle-même le sommet du discours humain", écrivait-il dans son grand journal intellectuel, le Zibaldone.

Ce recueil inspira Schopenhauer, Sainte-Beuve, Musset, Nietzsche, Laforgue, ainsi que W. Benjamin ou G. Ungaretti.

Carolyne Cannella

 

Carolyne Cannella est auteur, poète, comédienne, traductrice et musicienne-enseignante, guitariste et luthiste.

Elle a participé à de nombreux concerts en France et à l’étranger.

Son site permet de mieux découvrir son travail.