BABEL HEUREUSE

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Frédérick Martin-Kojevnikov

Thierry Le Saëc

François Rannou

Peinture à la torche…

Livre avec Frédérick Martin-Kojevnikov, Thierry Le Saëc et François Rannou

 

Ce livre est né d’une rencontre que j’ai faite via Facebook avec le compositeur Frédérick Martin-Kojevnikov. J’ai découvert son travail grâce à Laure Gauthier. Nous sommes entrés en relation et aussitôt une vraie relation s’est instaurée, faite de franchise et d’amitié. Centrée sur la nécessité pour lui de travailler encore et encore. Il avait lu mes poèmes. Il m’a demandé si nous pouvions faire quelque chose ensemble. Ce fut cette partition pour 8 voix.

Je voulais, quand j’ai su que Frédérick était presque au bout du parcours, qu’un livre ancrât ce travail réalisé à deux. Je demandai à mon ami artiste et éditeur Thierry Le Saëc s’il était d’accord pour qu’un ouvrage, à trois mains du coup (Thierry trouvant sa tonalité propre avec des pointes sèches en écho rythmique aux partitions de Frédérick) vît le jour. Ce fut alors sa priorité. Frédérick eut le temps de voir la maquette et le livre achevé, presque.

Aujourd’hui, cet ouvrage à tirage limité existe. Il nous semblait, à Gwen Catalá, l’éditeur, Thierry Le Saëc et moi-même, qu’il serait bon d’ouvrir les portes de notre atelier pour que ce livre existât aux yeux du plus grand nombre aussi. Voilà qui est fait.

 

Pour présenter Frédérick Martin-Kojevnikov, je le laisserai lui-même parler : « Peu après ma venue au monde, en mars 1958, j'ai filé vers l'Afrique, où la musique m'attendait. Comme il n'y avait pas de conservatoire dans mes pays de résidence, mon apprentissage se fit intégralement en solitaire. De retour en France, j'abandonnai le lycée. L'essentiel de mon existence sociale s'écoula jusqu'en 1989, à copier pour divers éditeurs, tout en continuant à écrire solitairement (2e Cantate, Concerto pour violon, Lug...). Je tâche à présent de me servir de tout ce qui se trouve à disposition du compositeur en terme de sons, de formes, de ressources grammaticales, de paradoxes, de pulsions, de cassure. »

Le Cdmc (Centre de la musique contemporaine) définit ainsi l’œuvre de Frédérick : « Son œuvre, caractérisée par une « esthétique tensionnelle » et un « style d'écriture concentré sur l'effort », porte un soin tout particulier à l'égard de l'articulation musicale. Auteur de plus de cent-trente opus s'adressant à des effectifs variés – œuvres solistes (Pilote, 1993 ; Siticen, 1995 ; Océania, 2008), musique de chambre (Macles, 1987 ; Scherzo erotico, 1996), répertoire orchestral (Lug, 1987) – Frédérick Martin s'illustre également dans le domaine des contes pour enfants (Leuk le lièvre, 2006) où trois de ses musiques sont récompensées par un coup de cœur de l'Académie Charles Cros. À ses heures conférencier et enseignant, rédacteur d'articles pour diverses revues ainsi que d'un ouvrage consacré au black metal, il a reçu, en novembre 2008, le prix Paul Louis Weiller pour l'ensemble de son œuvre. »   

Je laisserai son ami Régis Campo les derniers mots : « En 1996, sous les auspices de Henri Dutilleux, Je rencontrais pour la première fois le compositeur Frédérick Martin : une grande amitié voyait le jour.

Durant toutes ses années, son imposante productivité et son énergie créatrice forçaient notre admiration. Frédérick Martin était entier, franc, généreux, avec ce caractère en acier trempé. C’était un guerrier : il s’est toujours défendu contre le conformisme, les faux amis, les impostures, le mainstream, les Rastignac ou les réacs.

Mais il était plein de curiosité et de bienveillance pour les jeunes compositeurs; il aimait les rencontrer et écoutait systématiquement leurs créations.

Il vivait en loup solitaire, fier, en véritablement indépendant. Un guerrier de la trempe d’un Varèse et d’un Ohana.

J’aimais sa 3e symphonie, son Talisman des Voïvodes, son Concerto pour alto, son cinquième Quatuor à cordes qu’il m’avait dédié. J’aimais aussi ses saines colères, nos discussions fulgurantes sur Chostakovitch, Lindberg, Brahms, Weinberg ou tant de compositeurs vivants.

Pour lui, la composition musicale était « apprendre par cœur un texte qui n’a pas été encore écrit » : belle sentence d’un grand homme qui a créé sans relâche, admirablement, jusqu’aux tous derniers moments de sa vie.

Frédérick Martin, notre frère musical, restera ancré dans nos mémoires. Il demeure immortel. Comme un diamant, pur et inaltérable. »

 

François Rannou

Quelques liens pour découvrir l’œuvre de ce compositeur :

Sixième sonate pour piano

Le Talisman des Voïvodes

Ustvolst, par le Trio polycordes

Hommage à Frédérick Martin-Kojevnikov sur France Musique dans l'émission de Lionel Esparza, le Classic Club du 20 avril 2016.

 

Thierry Le Saëc

 

Thierry Le Saëc développe depuis maintenant plus de 20 ans un travail de plasticien, privilégiant la peinture et le dessin. Depuis quelques années, il explore de nouveaux matériaux par l’utilisation de l’image photographique et numérique. Pour Thierry Le Saëc, il n’y a pas de frontière entre les différents ateliers. Chaque technique permet le rebond, relance et nourrit le processus créateur. 

 

Le site pour découvrir son travail.

Le blog des éditions de la canopée.

Exposition au Musée PAB d'Alès

"Donner à voir est le titre d’un beau recueil d’Eluard. On n’y voit rien répond avec malice Daniel Arasse. Ce que donne à voir la peinture de Thierry Le Saëc : la peinture, c’est-à-dire la couleur, c’est-à-dire la lumière, c’est-à-dire l’espace. On n’y voit rien puisqu’on en a plein les yeux. La peinture crève les yeux. Donne à voir le silence. Montre ce que la musique dissimule dans ses interstices."

Daniel Kay, Ce que les images ignorent.

 

 

"Partout la couleur se déploie, rouges profonds, roses, verts intenses, mais dans des tonalités tenues. Le pastel peut aussi intervenir sur la toile peinte, ajoutant une préciosité de matière, une vibration du trait, qui donne à l’écriture abstraite de Thierry Le Saëc, sa singularité et sa poésie incomparable...

Rien de définitif, le geste, toujours recommencé, animé par la pensée vivante, fait l'œuvre. Pour Thierry Le Saëc, cette méditation active est la seule manière de vivre."

Marie-Françoise Le Saux,

conservatrice en chef des musées de Vannes.