Elen Riot  

V. Les ribambelles de papier

 

A la suite de notre guide, suivant Lisbeth, nous passons le bureau du maître, auprès de sa bibliothèque. En plus du petit cinéma, reste la salle de projection, et des films en grande collection, pour tous les jours, où règne en roi sans couronne le Charlot du quatorze juillet, cadeau de chaque anniversaire. Il est pour toujours cet enfant, dansant de joie devant l’écran, au grand damne des spectateurs, tant le film le transportait. D’une vie de travail, restent au mur quelques images, des ribambelles de papier, esquisses en ombre chinoise, costumes de théâtre en toile, un masque en carton, nul ne sait pour quelle pièce on l’a fait, était-ce « La flûte enchantée » ? Tous les accessoires sont là, tourne-disque, disques et livres, et son théâtre en miniature, qu’il pouvait ouvrir par le toit, pour y déposer le décor ; objets du maître et son fauteuil, cuir usé, où nul ne s’assoit. Comme un mobile qui se balance, les pins pirouettent à la fenêtre « il était un petit homme, dans sa maison de papier », c’est l’univers de l’architecte qui faisait des formes avec l’air. Voilà que Lisbeth, notre guide, en transmet les commandements : « Car comme il avait dit un jour, aux artisans qui bâtissaient, quand ma maison sera bâtie, percez trois fenêtres au midi. ». La maison est d’abord une fenêtre, ou la fenêtre fait l’écran. Au mur, pas de portulan, les lampions de fête ont brûlé, mais de son incandescente électrode, la lampe à arc pour toujours, pour toujours et à tout jamais projette un cheval au galop, il galope à bride abattue, la reine blanche comme lys ouvre les bras à son Uhlan ; après quoi passe sur l’écran « la révolte des comédiens », la tournée qui dure sans fin, dont l’ennui tue les baladins.