Nicanor Parra 

ENTRETIEN

Felipe Tupper, éditeur des oeuvres complètes de Parra au Seuil et de Claire Tencin, auteure. 

CLAIRE TENCIN : « Moi la littérature me fait chier… autant ou + que l’antilittérature. » Pour planter le personnage, je commencerais par cette  phrase-électrochoc  d’un poème de Parra. Comment pourriez-vous définir le poète chilien : un provocateur, un génie ou un visionnaire ? 

FELIPE TUPPER : Parra réunit ses trois conditions. ll a réussi une entreprise  de rupture et d’innovation qui touche les fondements de l’identité littéraire, pas seulement celle de la poésie. Il a ouvert des portes, réinstauré la force de la langue parlée dans toutes ses dimensions polyphoniques. Provocateur aussi, bien sûr, désacralisateur. Son entreprise a été considérée comme un “art de démolition”. 

Tout ce qui s’institutionnalise perd son sens originel. L’antipoésie dans les années 50 a secoué l’impasse où se trouvaient les avant-gardes. C’était une action complètement novatrice. Évidemment Parra a le sens de l’auto-dérision, il est conscient de sa débandade langagière, en rejetant le culte de l’anti-poésie et en prenant le lecteur comme le témoin permanent de sa propre remise en question. Il a compris très tôt la décomposition de son époque, de la politique, la fragilité des convictions.

  Claire Tencin  

Claire Tencin a publié Je suis un héros, j’ai jamais tué un bougnoul en 2013 et aux éditions tituli Aimer et ne pas l’écrire, Montaigne et Marie en 2014 et Le silence dans la peau en 2016. Sur ce dernier un bel article de Laure Gauthier sur Artpress 
 

Un article de Thierry Savatier 
 

et sur Aimer et ne pas l’écrire, cet article de Philippe Chauché dans La Cause littéraire 
 

Enfin une vidéo permet de la voir et de l’écouter lire un extrait d’Aimer et ne pas l’écrire