Marie-Claude San Juan 

OMBRES & LUMIÈRE

ROLAND CHOPARD

Méditation sur deux photos de Marie-Claude San Juan

Elles sont devenues, par des interventions minimalistes, des instantanés de fragments d’ombres et de diffractions de lumières. Obscurités et luminosités se partagent un espace informel. Au-delà du plaisir de créer, d’entrer dans une expérience c’est, en les faisant apparaître, une manière de rebondir quand le temps discontinu crée cette distance, ces incertitudes, alors que les réminiscences succèdent aux silences et donnent ces envies de transgresser des lieux, de dépasser des limites. 

 

Quand le cerveau cherche désespérément l’espace, esquisse des pensées dans la lassitude la confusion de l’exaltation, c’est ce déclic de la main qui trouve cette matière pour qu’un regard s’y insinue, pénètre dans les méandres de l’intériorité.

Et le silence devient le support absolu quand l’œil danse sur la matière ainsi révélée. Nous glissons alors dans ces méandres comme pour mieux les rendre à la fois familiers et étranges. Par le choix d’une particulière focalisation, la matière s’est concentrée et s’impose comme une inéluctable fixation dans le temps.

 

L’accumulation de tels signes serait un défi éthique et esthétique, l’expérience de ce que nul autre n’a remarqué et que nous avons fait naître par ce geste simple de la main.

Nous captons et cristallisons ainsi des bribes en apparences éphémères comme issues d’un nous éparpillé. Dilués dans la lumière blafarde d’une aube ou d’un crépuscule, au bord de l’étiolement, des signes lacunaires inédits apparaissent comme l’ultime dévoilement d’une suite de désirs étincelants. La surface garde précieusement la trace de ces aléas comme des palimpsestes dans le grain subtil d’une matière qui serait née presque à notre insu.