Martha Kornblith 

3 POÈMES 

Traduction de Stéphane Chaumet

Por eso dedicamos nuestros libros
a los muertos.
Porque tenemos la vana convicción
de que nos escuchan.
Nosotros, cómplices de oficios
menos inocentes,
creemos que seremos dioses
en otros mundos
porque pensamos que la felicidad
es la distancia del milagro
cuando soñamos con una palabra,
cuando vemos alzarse los aviones.

Por eso me volví poeta
porque pasa lento el tiempo en soledad.
¿No es apenas un peligroso instante
lo que sostiene nuestra cordura?
¿No depende la locura
de nuestra única, frágil, cuerda?
¿No pende ella de un solo término,
del preciso término
aquel que nos salva
o nos condena?

L’université de la vie,
entre autres.
Pour les plus sages
la poésie était un lieu
où orchestrer sa fuite.

Il y avait un homme.
Il m’a offert Laing et Cooper
et bien qu’il ait prêché l’antipsychiatrie là-bas
il n’a pas survécu à la moquerie
des conjurations médicales.

Il se disait peintre –
il a trafiqué de la drogue et de la dynamite.
Propagé des offres de mariage
qui avaient comme unique garantie
de mauvaises ébauches.
Alors je lui ai montré la psychopathie
dans un poème du colombien Asunción.
Il a fait sauter les murs.

Là-bas j’ai rencontré
les meilleures métaphores.

Mon amie et moi parlions
des concerts de chiens la nuit,
des aboiements qui nous appelaient
croyait-on.
Nous savions que le délire était
une façon de nous tenir
dans les précipices.

Nous organisions des bals
avec de la musique qui ne jouait pas.

Sauf aux heures de peur
on avait encore la possibilité de rire.
Des réunions de plaintes,
de la viande coriace,
des faux mormons
qui prophétisaient de nouveaux avènements.

J’ai prié aussi
un Dieu qui n’était pas le mien
quand on se rassemblait à sept heures
après le dîner.
On avait le droit de mélanger
la légende du Christ
avec celle de David et de Salomon,
parce que tout était bon
s’il s’agissait de trouver
un espoir dans ce temple.

Je ne crois pas que tu a été mauvaise,

clinique Monserrat,

juste que tu avais de bonnes et de mauvaises choses.

Je t’ai oublié quand la liberté

s’est révélée à moi,

elle s’est posée comme un étendard,

comme quelque chose dont je ne suis plus indigne

et qui m’engage

sur un mur de briques

face à une fenêtre désormais ouverte.

Depuis lors Dieu

est quelqu’un qui ressurgit de ces gribouillages

pour ne pas savoir qu’existent encore des êtres 

qui à l’aube

miaulent à l’unisson 

en appelant leur mère.

Née à Lima en 1959, elle passe son enfance à Caracas où elle vivra jusqu’à son suicide, le 29 mai 1997. Elle a publié les livres de poèmes, Prières pour un dieu absent, Séances de dévitalisation et Le perdant emporte tout. Les deux derniers sont posthumes. 

  Martha Kornblith