Elen Riot  

IV. Le grand lit vide

 

Le lit est vide, Prospéro, et dans la chambre de deuil, à côté, la bougie a mangé sa flamme ; une nuit d’encre y gonfle son flot, enroulant le ciel dans sa nuit, dont les étoiles s’éparpillent, la terre arable du songe y roule, « Trois nuits que je n’ai pas dormi, et dormirai-je cette nuit ? » l’insomnie par gros temps le prend, l’entraine par dix pieds de fond, dans une autre maison sous terre, une grotte creusée sous roche, sa couche y est de pierre dure, il griffonne sur la table de nuit « on doit mourir sa mort trois fois, trois fois mourir avant de reposer en soi », il a beau dessiner sur les murs, le territoire du crayon n’efface pas les cauchemars, des ripple-marks sur le rivage ne leur feront jamais barrage ; et tout dans son brumeux esprit, se perd, s’égare et s’efface, comme ces films du début, qui lui échappaient corps et biens. Seul le jour dans sa maison, un vieil homme, un homme seul, ne saurait tenir maison, ainsi la nuit il croit qu’elle fait de lui sa proie.

Le toit gémit ; ce lit est plus plat qu’une tombe « ud rocashaas », il y a la chouette effraie, à la fontaine, et elle y ronfle ; l’Argus a perdu la vue, sans doute il est devenu sourd, nul ne connaît plus cette aria, cette aria que tu chantais, aujourd’hui nul ne la connaît ; voilà que pour la retrouver, il faut delà la mer aller, retrouver la Gutasagan, Na h-Innse Gall, où est la grotte de Fingal. Il faut voguer au loin la nuit, et au matin s’en retourner pour son royaume retrouver, telle Ester dans son silence et qui se remit à parler. L’île enchantée ressurgira, quand l’aube blanche paraîtra, comme elle fait tous les matin, comme le bol reçoit le lait ; nul de parle plus ton gutsnik, mais l’on connaît encore l’histoire et souffle la corne de brume, même quand nul n’y souffle plus, mais sonne le chant de la mer delà les mers, tu reviendras de ce voyage et enfin tu reposeras, l’eau lustrale te lavera, le soleil te sèchera, elle, avec les larmes de ses yeux, te lavera, et dans les plis de ses cheveux te sèchera, ainsi sera, deux astres n’en faisant plus qu’un et la nuit trouvera son jour.