UN REGARD DE L'AUTRE

Chroniques politiques (2008-2017)

d'Emmanuel Tugny

Emmanuel Tugny livre  ici, de chronique en chronique, une conception singulière du contemporain politique.

L’on trouvera, réunis ici pour la première fois, près de dix ans d’analyse politico-littéraire publiées dans MediapartLibération ou O Correio do Povo.

 

C’est impertinent et sage, c’est amer et drôle, c’est voyageur et résolu : c’est un regard étrange promené sur le temps. 

 

Auteur : Emmanuel Tugny

Préface : Antoine Perraud

 FORMAT PAPIER 

ISBN | 978-2-37641-030-0

Format : 133 x 203 mm

Poids : 480 grammes

Date de parution : 25 février 2017

Nombre de pages : 414 pages 

Distribution : Hachette Livre

 FORMAT NUMÉRIQUE 

ISBN | 978-2-37641-930-3

Format : EPUB | MOBI (Kindle) | PDF

EXTRAIT 1 // Manuel Valls ou le cintre

 

Que l’on poste son veston sur un cintre et l’on verra soudain à quel point forment un tout ignoré dans ses usages sociaux son revers et son endroit, combien doublure et plastron sont cohésifs, combien ils sont interchangeables, combien il est au fond assez vain d’abdiquer devant celui qui vous enjoint d’établir une hiérarchie d’usage entre la belle austérité du revers et le coruscant, le muqueux foisonnement de la doublure.

Le cintre, ce vide puissant, ce vide autoritaire, dit des choses dont il a à traiter qu’elles se valent, au fond, et que ce qui est de l’ordre de l’endroit peut parfaitement former la « justification dans le temps » de ce qui est l’envers, de même que la doublure peut à bon droit aspirer à être le corps vrai du plastron.

Le cintre tarit l’onde formelle en lui imposant une forme, la force, l’autorité, l’impératif d’une forme, il la tarit aussi en arasant ses contradictions.

À considérer le cintre, l’on se prend par vice ou désœuvrement à y voir tel politique dont l’absence de substance, la vacance idéologie, serait si patentes qu’on verrait à travers et qu’elles garantiraient sa présence politique même comme force qui va depuis un vide. Un politique dont l’autorité incontestable reposerait sur le vide de conviction de corps, d’in petto.

À considérer le cintre, le cintre soudain étrange, étrangement étrange, l’on se prend à y voir la métaphore d’un politique dont l’art du vide autoritaire consisterait à mêler pour la galerie plastron et doublure, endroit et envers, à en faire des équivalents, à aller urbi et orbi exposer, par exemple, qu’entre ce qui est de gauche et ce qui est de droite, il n’est au fond qu’une différence d’usage, que tout ceci reposant bien à plat, l’on voit bien qu’il n’est rien de plus envers que l’endroit, rien de plus endroit que l’envers, rien de plus de droite que ce qui est de gauche, rien de plus  gauchiste que ce qui est de droite.

EXTRAIT 2 // Emmanuel Macron, bleu naphtaline

 

L’on s’interroge et l’on écoute.

Initiative libérée, société civile exhaussée, légitimité partagée, persévérance en soi prisée, idéologie démonétisée, primat de l’offre consacré, vieille politique daubée, humanités, culture classique réifiés, partis et corps intermédiaires flétris, gauche et droite transcendées, état-providence satanisé, Europe vraiment fédérale caressée puis prorogée : voici ce qu’on entend, voici ce qu’on écoute, voici ce qu’on lit, tout au charme de la circulation en l’esprit nostalgique d’une voiture de masques où commercent avec courtoisie les fantômes politiques de Jean Lecanuet, Valéry Giscard D’Estaing, Bernard Stasi, Jacques barrot, Simone Veil, Dominique Baudis, Michel Rocard, Christian Blanc, Jacques Delors,  François Léotard, Jean-Pierre Soisson, Olivier Stirn… François Hollande : Indépendants vintage, radicaux de gauche de toujours, valoisiens parce qu’il faut bien vivre, deuxième gauche de retour, Parti républicain des années Jeanne Mas, UDF des années disco, Convention des institutions républicaines des années twist, UDSR des années Piaf…

Il est des enfants des roses et des résédas, des jardins, des enfants que telle folie pousse à muser par les parfums sylvestres.

Il en est d’autres qui, de toutes les essences, fussent-elles serrées dans des coussinets de lin pour rassurer la nuit, préfèrent la naphtaline et qui couvent la mérule quand leurs contemporains, hilares, courent ce qui survient de lièvre.

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